Publie.net

  •  Des dispositifs pour se donner volontairement la mort, et briser le tabou sur le suicide, cela a toujours tenté notre société, dans ses rituels les plus secrets, et bien sûr la fiction n'est pas en reste (du fameux fauteuil de Cortazar à tout un bouquet d'histoires de Maupassant).  Mais les amoureux du fantastique savent bien que Robert Louis Stevenson, notre cher Robert Louis Stevenson, le roi du suspense et du mystère, avec Le Maître de Ballantrae, Dr. Jekyll and Mr. Hyde, ou son Île Au Trésor.  Lui, il investit carrément la Londres ténébreuse, celle des mystères de Jack L'Éventreur. On y marche de nuit comme dans le brouillard, mais il y a aussi des tavernes, des ponts, et cet étrange Club à l'entrée bien protégée.  On s'y prend comment, pour vous l'offrir, votre suicide ? Il suffit d'un peu de chance et d'entraide.  Et ça marche ? Que trop bien... Tellement bien, qu'on aimerait peut-être parfois faire demi-tour. Seulement, il semble que ce soit la seule chose interdite, au Club des Suicides... Sans doute le plus célèbre des contes, et le plus noir, que Stevenson rassemble dans ses Mille Et Une Nuits.
     

  •  Les noms qu'ici on prononce sont les noms de révoltés, ou du moins qui n'ont pas hésité à l'opposition individuelle à un système qu'ils jugeaient coercitif.  On suit Courbet à sa sortie de prison, et on regarde quelle toile il peint. On est avec Jacques Reclus, qui eut dix-sept enfants, dont Élisée et Élie Reclus,  Mais on est aussi dans le sud-ouest français au temps de la guerre d'Espagne. Et on revient à la fin de la Commune, au mur des Fédérés.  À sa manière, et dans la force habituelle de sa prose, Marie Cosnay investit en romancière des instants précis du temps historique. On est sur les barricades, ou cachés au Père-Lachaise. Ce microscope, qui nous redonne les êtres tout entiers, permet qu'on glisse sur des personnages interpoés, qu'on passe presque sans rupture à la fiction.
    Ce texte magnifique est d'une actualité immédiate : pourquoi ne nous révoltons-nous pas ? Que devons-nous à ceux qui, avant nous, se sont révoltés ?
    Paru en mai 2012 aux éditions Quidam, voici sa première édition numérique. Un grand texte pour dire notre présent.
    FB

  • MacGuffin

    Anne-Sophie Barreau

    Le principe du MacGuffin, élément moteur qui fait avancer une histoire en entraînant les personnages dans ses péripéties, presque toujours un objet, généralement mystérieux, date des débuts du cinéma, mais l'expression est le plus souvent associée au cinéaste Alfred Hitchcock. Dans le livre d´Anne­-Sophie Barreau, cet objet est un téléphone, son iPhone perdu à San Francisco, le jour de son anniversaire, lors d'un voyage effectué avec son compagnon en Californie.
    Qu'est­-ce que l'on perd au juste quand on égare son téléphone portable ? Des images, des souvenirs, des contacts ? Les souvenirs refont surface peu à peu dans le désordre du surgissement des images, le labyrinthe qu´elles décrivent en nous, en même temps que certaines disparaissent à jamais. L´auteur se rappelle des photographies qu'elle n'a pas prises. Le livre s´apparente alors à une enquête en forme de quête, permettant à l´auteur de sauver certaines images de son voyage faisant apparaître en creux des souvenirs plus lointains, enfouis, comme révélés par les images perdues, disparues, ravies, et d´assembler ainsi, dans ce périple à travers l´Amérique et de son parcours personnel, ce qui est au fond le propre de toute histoire, un tissu rapiécé, un pêle-mêle.
    Odradek est un nom inventé par Kafka dans sa nouvelle inachevée « Le souci du père de famille ». Objet de toutes les interprétations et les détournements imaginaires possibles, il est à la fois une poupée et un prodige tombé du ciel, une mécanique de l´horreur et une étoile, une figure du disparate et un microcosme ; en somme, le modèle réduit de toutes les ambiguïtés d´échelle de l´imaginaire. Ce livre d´Anne­-Sophie Barreau est une fiction sur le pouvoir de l'image, l´imaginaire des voyages, la versatilité de notre mémoire à l´ère du numérique et la capacité de l´art à nous permettre de retenir le temps. Comme l´Odradek, MacGuffin est la forme que prennent les choses oubliées.


    MacGuffin existe aussi sur le web...

  •   C'est d'abord un chant de retour.    Une femme revient sur une île de Bretagne, dans le paysage de mer où elle a grandi. Elle habite sous un phare, et la nuit ravive les fantômes. Entre le pays et soi, désormais, un décalage, par toutes ces années d'Amérique collées sur la peau.  Alors lancer des mots à la mer, par petits éclats, comme les messages des sémaphores. Une adresse à un aïeul, un capitaine qui est allé se perdre à l'ouest aussi, longtemps avant. Et le reflux des souvenirs, premières amours, cassures et dérives, pour s'éclairer où il y a eu partage des eaux, entre rester et s'en aller.

      "Tout ce que nous aurions pu faire si nous n'étions pas partis au loin est resté là, inachevé. Les fantômes ne sont pas des morts, ce sont des vies que nous avons laissées en suspens."

  • Le premier numéro de la revue d´ici là est consacré à notre rapport au quotidien, au banal :

    Nous dormons notre vie d´un sommeil sans rêves.

    « Interroger l´habituel. Mais justement, nous y sommes habitués. Nous ne l´interrogeons pas, il ne nous interroge pas, il semble ne pas faire problème, nous le vivons sans y penser, comme s´il ne véhiculait ni question ni réponse, comme s´il n´était porteur d´aucune information. Ce n´est même plus du conditionnement, c´est de l´anesthésie. Nous dormons notre vie d´un sommeil sans rêves. Mais où est-elle notre vie ? Où est notre corps ? Où est notre espace ? » Georges Perec, L´Infra-ordinaire, Seuil, 1989.

    Sommaire du numéro :

    Gilles Amalvi, Félicia Atkinson, Ludovic Bablon, Isabelle Boinot, Raymond Bozier, Mathieu Brosseau, Michel Brosseau, Philippe Cou, Pierre Coutelle, Philippe De Jonckheere, Caroline Diaz, Armand Dupuy, Stéphane Dussel, Pierre Escot, Guillaume Fayard, Pierre-Yves Freund, Rémi Froger, Olivier Guéry, Déborah Heissler, Amande In, Anne Kawala, Frédéric Lavignette, David Lespiau, Arnaud Maïsetti, Xavier Makowski, François Matton, Pierre Ménard, Matthieu Mével, Grégory Noirot, Lolita Picco, Philippe Rahmy, Hubert Renard, Esther Salmona, Anne Savelli, Joachim Séné, Thibault de Vivies.
    36 auteurs / 90 pages Présentation des auteurs :

    Gilles Amalvi est écrivain. Né à Paris en 1979.
    Il vit à Nantes. Il a publié Une fable humaine au Quartanier (coll. « Phacochères », 2005). Ses poèmes sont parus dans diverses revues, dont Grèges, Moriturus, Le Quartanier et La mer gelée. Il a complété une maîtrise sur Henri Michaux et Paul Celan. Conférencier au musée des Beaux-arts de Nantes, il collabore également avec le festival des Rencontres Chorégraphiques de Seine-Saint-Denis.
    Félicia Atkinson est dessinatrice et musicienne. Elle collabore régulièrement avec le musicien Sylvain Chauveau ou la danseuse Élise Ladoue (stretchandrelax) et a fait des performances à la Fondation Cartier pour l´Art Contemporain, au Plateau Frac Île de France, au Point Éphémère, à la Knitting Factory, à l´Empty Bottle. Elle a exposé à la galerie Yukiko Kawase et réalisé deux albums avec stretchandrelax chez nowaki et rainmusic.
    Ludovic Bablon est écrivain. Né en 1977 à Chaumont. Ludovic Bablon vit à Marseille. Il a fait des études d´histoire et de documentation. Ses premiers livres sont parus chez L´Amourier (Perfection, 2000. Tandis qu´Il serait sans parfum, 2002) et Hache (Histoire du jeune homme bouleversé en marche vers la totalité du réel, 2003). Il a collaboré au Matricule des Anges.
    Isabelle Boinot est dessinatrice. Née en 1976, Isabelle Boinot est parisienne. Elle officie également au sein du collectif Frédéric Magazine. Elle a publié entre autres Montre tout (Arts Factory) et Nicoptine (En marge). Elle fait partie du collectif Frédéric Magazine.
    Raymond Bozier est écrivain. Il né à Chauvigny dans le département de la Vienne. Il vit actuellement à La Rochelle. Il a écrit plusieurs ouvrages : Lieu-dit, roman, livre de poche, 14595. Bords de mer, Flammarion, 1998. Abattoirs 26, Pauvert, 1999. Rocade, roman, Pauvert, 2000. Les soldats somnambules, roman, Fayard, 2002.
    Mathieu Brosseau est écrivain. Né à Lannion dans les Côtes d´Armor en 1977. Il a publié plusieurs recueils de poésie : De L´Aquatone (La Bartavelle éditeur, 2001).
    Surfaces, journal perpétuel (Editions Caractères, 2004).
    La nuit d´un seul, texte à paraître en 2009 dans la collection La Rivière échappée. Et même dans la disparition, à paraître aux éditions Wigwam en 2010. Créateur de Plexus-s.net. Il anime avec François Rannou la collection "L´inadvertance" pour "Publie.net" et collabore également à la revue "L´étrangère".
    Michel Brosseau Il vit à Orléans, on peut visiter son blog : À chat perché. Il vient par ailleurs de publier La Bac d´abord, aux éditions du barbu.
    Philippe Cou est écrivain. Né en 1967 à Concarneau (Finistère). Participations à Marelle, Sitaudis, fil AFP et les cahiers de Benjy et la revue X et le Dernier Télégramme et Plexus-s.net.
    Pierre Coutelle lit et écrit. Il est né en 1976. Il vit à l´extrême-orient d

  • "entre ce qu´on sait et ce qu´on arrive à vivre, y´a des romans", nous disait-il en janvier au Petit Palais Question numéro six : et l´écrivain, dans le numérique, reste-t-il le même ? Bien évidemment que oui, se récriera-t-on : il est à sa table, il a remplacé la plume ou la machine à écrire par l´ordinateur et l´imprimante, et, une fois le travail fini, le porte à son éditeur. Mais pas si simple. La machine à écrire, et la forme de ce qu´on donnait à l´imprimeur, a toujours été liée aux formes particulières à chaque époque (la presse, le cabinet de lecture, le poche en sont des exemples - et ce duc de Ferrare, qui refusait les livres imprimés dans sa bibliothèque, « parce qu´ils manquent d´âme » ?). Ce qui ne change pas, c´est la curiosité, et qu´on mette en tension le langage et ce qu´il représente. Et ce qu´on nomme littérature, plutôt la résultante ou l´accumulation de ces points nodaux singuliers, où cette relation du langage au monde a été déplacée - et parfois même si discrètement. Ainsi l´itinéraire singulier de Jacques Serena : des études d´arts plastiques, dans cette frange méditerranéenne de la France, l´errance, des livres écrits pour d´autres. Et, dans cette période issue du grand bouleversement des années 60 et du rock, l´illusion qu´on partageait autrement les villes. Nomadisme, expérience des limites, et pour vivre, vendre et fabriquer des objets de cuir sur les marchés, l´été, trafiquer des posters achetés en gros à Milan, l´hiver. Et c´est ce monde-là qui s´entend dès le premier livre publié sous le pseudonyme incertain de Jacques Serena, comme s´il y avait une vie noble pour l´auteur à côté ou au-dessus de ce dont il témoigne : Isabelle de dos, et qui culmine dans ce livre fait d´instants au volant d´une voiture, la nuit sur une autoroute, dans une piaule de centre-ville avec clignotement d´une enseigne bleu au loin, et d´un narrateur perché sur tabouret face à miroir, dans Lendemain de fête. Ce à partir de quoi l´auteur pseudonyme Jacques Serena aurait pu envisager une vie confortable ? Mais ces textes qu´il écrit, c´est un monde fait de croisements, d´instants. Les lieux mêmes appellent, à côté des livres publiés chez Minuit, une galaxie d´ensembles brefs. Et ces récits, liés à ces narrateurs de pauvres paroles, sont des objets qui demandent qu´eux-mêmes on les charge, de notre corps, de notre parole. De grands acteurs et metteurs en scène se sont emparés des étranges situations de Serena, dans ces lieux non identifiés des fonds de ville, où la précarité n´est pas décrite, mais symbolisée par quelques points fixes, boîte de thon (on en retrouve une dans Artisans) et nouilles mal cuites, un tee-shirt pour tout bagage. Un monde qui, pour l´écrire, suppose qu´on arpente soi-même, sinon ces lieux qui furent un temps les vôtres, les locuteurs qui les affrontent à distance ? Jacques Serena est pour moi un compagnon d´ateliers d´écriture : ce qu´on apprend à ces expériences, qu´il continue lui aussi, c´est le langage à sa limite - et s´il reste un absolu, une nécessité, là même où le monde implique l´écrasement des êtres. Puis une musique, un art particulier de l´oralité, du regard sans distance sur l´extrême proche, une façon singulière de dialogue : la narration a toujours d´abord été musique. Alors Jacques Serena pour conclure cette série de six textes, parce que la figure de l´auteur, le fractionnement et la circulation des textes, l´appel aux voix, l´expérience où on doit se placer soi-même, sont des indicateurs importants, dans l´onde de choc qui saisit l´univers autrement stable des livres.
    FB liens  Jacques Séréna aux éditions de Minuit  à propos de Lendemain de fête  Wagon, de Jacques Serena, sur publie.net  Fiévreuse, aux éditions Argol l´auteur Né en 1950. Vit dans le sud de la France.

    Premier roman en 1989 aux éditions de Minuit.

    Depuis, publications épisodiques chez le même éditeur, ainsi que chez divers autres.

    En 1994, appel de Jean-Louis Martinelli, commande d´un premier texte dramatique. Ecrivain associé du Théâtre National de Strasbourg.

    Création d´ateliers d´écriture en milieux

  • Dans ce que le numérique change à notre façon d´écrire, le paramètre du temps est essentiel. Mais ce n´est pas nouveau : le temps a depuis toujours été matière essentielle pour la prose comme pour la poésie, et cela culmine dans À la Recherche du temps perdu.
    Et si nous n´avions plus, pour dire, que cet espace restreint de l´écran ? Et si nous n´avions plus, pour imposer ce qui nous amène à la littérature par réflexion, imagination, écart, que ce mouvement rapide de balayage généralisé qui semble être la loi sur Internet ?
    Il se trouve, depuis les haïku japonais et leur rigide contrainte formelle, jusqu´à des écritures tenues en condition de survie (Daniil Harms), que ces contraintes du bref peuvent cependant devenir et littérature universelle.
    La lecture sur téléphone portable, les expériences de réseau et micro-blogging sur des supports comme twitter.com peuvent-elles supporter ce que nous assignons à la littérature ?
    Et s´il fallait plutôt se poser la question à l´envers :
    Puisque notre expérience du monde, en termes d´information, de curiosité, de savoir, mais aussi de pratiques esthétiques, nous ont positionnés dans ce moment du monde, comment mettre cette question en travail, l´expérimenter pour nous-mêmes ?
    Faire le projet de s´expédier à soi-même, chaque jour, un « SMS » en 100 caractères (espaces compris), qu´est-ce que cela change (on se souvient du beau titre de la revue de Jean-Pierre Faye) à ma langue, qu´est-ce que cela déplace de mon rapport au monde ?
    C´est en tout cas l´expérience qu´a faite, pour cette publication, Béatrice Rilos.
    Après son passage aux Beaux-Arts de Paris, où elle a travaillé avec Christian Boltanski, elle a publié un premier livre, Enfin. on fera silence au Seuil dans la collection Déplacements, et vient de publier le second, Is this love, au éditions Le mot et le reste.
    Le mot et le reste est un éditeur qui privilégie la relation de la littérature à la musique. Dans Is this love, Béatrice Rilos se saisit de deux figures emblématiques apparemment opposées, sauf justement leur statut de mythe, et ce qui s´y incarne d´une identité antillaise : Bob Marley et Fidel Castro. Et puis, dans cette tension qui les oppose, qu´est-ce se joue, précisément à 2 générations de distance, de cette identité, et, encore plus particulièrement, du statut de la femme ?
    Béatrice Rilos l´appréhende depuis son territoire, elle est née à Paris. La ville et le corps, on le verra dans 100 caractères sont les deux « tenseurs » d´une écriture souvent violente, qui travaille dans un processus d´arrachement, où résonne alors forte charge onirique.
    Nous tenions à associer ici les deux démarches, le livre Is this love (l´éditeur est présent au Salon du livre), et l´exploration numérique 100 caractères (espaces compris), comme parfaitement symbolique du travail contemporain, de ses enjeux au présent.

    FB liens l´erratique, le site et blog de Béatrice Rilos 2007 Enfin. On fera silence, Seuil , collection Déplacements 2008 Coeur mis à nu, Publie.net, Zone risque, avec une préface de Christian Boltanski.
    2009 Ou les élections, Publie.net , Zone risque 2009 Is this love, Le Mot et le Reste, collection Écrits l´auteur Née en 1979 à Paris.

    2002 Maîtrise : arts plastiques, Paris VIII 2007 Diplômée de l´Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris

  • En avant marge

    Pierre Ménard

    Le texte est une fiction au service du sens.
    Par un supplément de simulacre et de fermeture qui semble s´engager avec la transformation du dehors. Une autre mise en place. Par exemple le jeu, le travail de cette feinte. Il n´y a rien hors du texte.

      Pierre Ménard est un des plus intrigants pseudonymes du web.
    Fondateur de liminaire.fr, il a développé le fameux audioblog de lectures versatiles Page 48.
    Le principe de ce site, qui existe depuis janvier 2005, est simple, il s´agit d´une série de lectures de livres de différents genres (roman, poésie, essai), mais une seule page, la page 48, devenue réécriture orale collective, redessinant, via contribution de chacun, un paysage bis, une anthologie de ce qui nous rassemble, de ce qui compte.
    Ce projet s´inspire d´un texte de Joe Brainard, I Remember, dans lequel l´auteur américain évoque ses souvenirs à partir d´une formule récurrente lui servant de leitmotiv ou de ritournelle et dont s´inspirera ultérieurement Georges Perec en publiant Je me souviens : « Je me souviens d´avoir projeté de déchirer la page 48 de tous les livres que j´emprunterais à la bibliothèque publique de Boston mais de m´en être vite lassé. » Le parcours de ces blocs d´écriture forme une lecture entre les lignes des livres de chevet, qui nous accompagnent au quotidien, et dont on n´achève jamais vraiment l´inépuisable lecture.
    Le livre présenté ici est constitué des blocs issus de ces lectures versatiles : un livre est tout entier contenu dans une de ses pages. Ces blocs tissent entre les lignes espacées de nos lectures, les trames d´un récit chaque fois renouvelé, son écriture en marge.
    Mais après, un autre enjeu : la bibliothèque contemporaine où Pierre Ménard puise son présent, il la rejoue dans l´univers web des montages, textes audio, journal en ligne de son liminaire.fr. Ce que nous jouons dans et par l´ordinateur, c´est l´héritage et l´engagement présent de ce que nous devons à cette bibliothèque.
    Après une première transposition écran, Philippe De Jonckheere, un des pionniers de l´intervention graphique sur Internet, s´est emparé du texte et en propose une lecture numérique :
    Transparences, superpositions, marges, tout est conçu en fonction de l´objet : l´écriture numérique s´invente maintenant.
    Enfin, noter sur publie.net En un jour, échange chat en temps réel (c´était la contrainte) de Pierre Ménard et Esther Salmona, auquel on joint fichier audio de lecture par les auteurs. Et que Pierre Ménard édite et dirige D´ici là, revue trimestrielle de création numérique, diffusion publie.net, le n° 0 en libre accès (courrier :
    Directement Pierre Ménard, merci).

    FB PS : les lecteurs qui ont téléchargé En avant marge dans l´ancienne interface de publie.net sont priées de se signaler par mail : ce sera un plaisir de leur offrir la nouvelle version sur leur compte lecteur.
    Pierre Ménard est né en 1969 à Ris-Orangis, et vit à Paris. Bibliothécaire, il anime régulièrement des ateliers d´écriture. Présent au travers d´interventions en revues, ainsi que sur supports sonores et sur internet.
    Pierre Ménard anime depuis 2004 la Zone d´Activités Poétiques Marelle ainsi que deux podcasts audios (Marelle Radio) et Page 48 : Lectures versatiles). Il tient également au quotidien un bloc-notes poétique sur internet. L´ensemble de ces travaux est disponible sur son site : LIMINAIRE.

  • C'est en 1993 qu'Éric Chevillard fait paraître sa Nébuleuse du crabe, un livre étape dans la construction de son fantastique. Crab, le personnage principal, est une forme, une durée, un système d'idée, une critique de Léonard de Vinci.
    Mais, avec Chevillard, les personnages de roman ne s'arrêtent pas au livre qui les fait naître.
    Ici, l'auteur inventeur de Crab est aux prises avec son propre personnage. Des voix contestent, assaillent, commentent. Une journaliste de radio veut à tout prix une réponse à des questions insolubles.
    Et tout d'un coup, nous voilà sur la piste vertigineuse d'une critique du roman...

    Manière de saluer ici la parution de Dino Egger, le nouveau livre d'Éric Chevillard chez Minuit (l'éditeur), ainsi que le 3ème tome annuel de son Autofictif, le célèbre triptyque lancé chaque minuit (l'heure).
    Qui a a dit que la littérature contemporaine n'autorise pas le rire ?
    Je remercie profondément Eric d´avoir bien voulu être présent avec nous dès le début de l´expérience publie.net... A lire aussi sur publie.net : Dans la zone d´activité. On peut visiter aussi sa page auteur sur le site des éditions de Minuit, mais surtout la vue d´ensemble que propose Even Doualin sur le site Eric-chevillard.net.


    FB

  • Il a souffert, le Pantagruel. Dans nos Lagarde & Michard d´autrefois, on le qualifiait de « livre maladroit et naïf ». Et dans l´exemplaire de la Bibliothèque Royale conservé à la BNF, la page comportant la discussion pourquoi les moines ont-ils la couille si longue a simplement été arrachée.
    Surtout, à partir du 17ème siècle, et jusque dans la récente édition Pléiade, on commet un acte de grande bêtise : on fait précéder Pantagruel par Gargantua, sous prétexte que l´histoire, Gargantua étant le père de Pantagruel, se passe avant.
    Alors que ce qui est fascinant dans le Pantagruel, et le rend vertigineux, c´est le chemin vers une langue qui, peu à peu, quitte l´abstraction des voix pour apprendre à nommer le monde.
    Tout à la fin du Pantagruel, le narrateur, Alcofribas Nasier c´est l´anagramme de François Rabelais, grimpe dans la bouche de son propre personnage, le géant, et y découvre des villes, des paysans : la langue française désormais est inventée.
    Et c´est toutes les étapes de cette naissance qui nous rendent ce livre fascinant : le non-sens, le à ceste heure parles-tu naturellement adressé à l´étudiant limousin, les langues inventées de Panurge (vous vous dites ne pas comprendre le français de Rabelais ? - mais il est construit spécialement pour interroger le fait que la langue ne se comprend pas...), le procès de langue en délire de Baisecul contre Humevesne, et toute sa charge subversive contre les abus de pouvoirs de la royauté, etc, etc...).
    Et puis Rabelais s´emmêle : il y a 2 chapitres IX, il y a ces chapitres qui se répètent, parce qu´on décalque une figure chez l´italien Merlin Coccaïe, et qu´on la réécrit avec ses armes ensuite. C´est l´archéologie de son invention qu´il nous permet. Si Pantagruel reçoit la célèbre lettre de son père, lui indiquant tout son programme d´étude (Ie voy les brigans, les bourreaux, les avanturiers, les palefreniers de maintenant plus doctes que les docteurs et prescheurs de mon temps...) une fois qu´il les a bouclées, et alors qu´il témoignera aussitôt, au chapitre suivant, quand Panurge lui parle latin, n´en avoir rien suivi, c´est bien délibéré...
    Le Pantagruel de Rabelais que nous proposons ici est une transcription d´après l´édition princeps de 1532, entre crochets : ajouts de l´édition de 1533. Ponctuation et graphies originales respectées, u et v distingués.
    A votre plaisir...

    FB le livre fondateur de la littérature française 2008-11-12 écriture, fiction publienet_RABELAIS01 publie.net

  • La plus grande folie du monde est de penser qu´il y a des astres pour les Roys, Papes, & gros seigneurs, plustost que pour les pauvres & souffreteux, comme si nouvelles estoilles avoient esté créez depuis le temps du deluge...

    En ces temps de G20, d´Otan et de lois Hadopi prises en pleine absurdité et fantasme de pouvoir, comment ne pas revenir à Rabelais ?
    C´est un texte contemporain du premier Pantagruel et du Gargantua : Rabelais et ses amis, qui éditent et impriment leurs travaux savants (Rabelais, ses traductions de Galien et d´Hypocrate), proposent des textes dont le Pantagruel spécifie bien les conditions matérielles de circulation : on les vendra aux foires, jusqu´à Tübingen, ce seront des livres de colportage.
    Et on mord sur ce qui se fait déjà : les almanachs prolifèrent (ils tiendront jusqu´à notre siècle), ils sont la météo de l´époque, le livre pratique, et sont signés par des devins ou astrologues de large réputation mais pas forcément recommandable : rien de neuf sous notre soleil.
    Alors c´est eux qu´on va battre en brèche. C´est un contre-almanach. À commencer par son rapport au temps :
    Infaillible pour l´an perpétuel. Et de fait, un succès de commerce, réédité, copié... Rabelais lui-même complètera, reprendra.
    Mais voilà la transcription depuis l´édition princeps. Des segments entiers sont passés en proverbe :

    Ceste année les aveugles ne verront que bien peu, les sourdz oyront assez mal : les muetz ne parleront guières : les riches se porteront un peu mieulx que les pauvres, & les sains mieulx que les malades.

    Plusieurs moutons, boeufz, pourceaulx, oysons, pouletz & canars, mourront & ne sera sy cruelle mortalité entre les cinges & dromadaires.

    Vieillesse sera incurable ceste année à cause des années passées.

    Et puis cette énumération de tous les métiers (voir fin de l´extrait en feuilletoir)... Une performance inusable de langue, qui fait partie du patrimoine irréductible de la nôtre.
    À vous d´en profiter, ça guérit de plein de choses, mais toutefois non pas de celle-ci, courante de nos jours encore :

    Et regnera quasi universellement, une maladie bien horrible, & redoubtable : maligne, perverse, espoventable et mal plaisante, laquelle rendra le monde bien estonné, & dont plusieurs ne sçau-ront de quel boys faire fleches, & bien souvent composeront en ravasserie, syllogisans en la pierre philosophalle & es aureilles de Midas. Ie tremble de peur quand ie y pense, car ie vous diz quelle sera epidemiale & lappelle Averroys vii colliget. faulte d´argent.


    FB

  • 1947. A peine sortie de la guerre, la Grèce est tombée dans le chaos. La droite, installée au pouvoir par les Anglais, et les forces de gauche s´entre-tuent dans un pays dévasté. Chrònis Mìssios, 17 ans, résistant communiste, est arrêté puis condamné à mort. Gracié de justesse, torturé plusieurs fois, ballotté de prison en déportation, il va devenir, selon ses termes, un « prisonnier professionnel » : à sa libération définitive, en 1973, il aura passé en tout vingt et un ans de sa vie en détention.
    Cette histoire du prisonnier Mìssios, c´est lui-même qui la raconte, pendant toute une nuit, dans un déferlement de mémoire où les époques se bousculent, à l´un de ses camarades qui, lui, par chance, est « mort avant » avant d´avoir connu la prison, mais aussi le pire : le naufrage de l´idéal communiste.

    C´est la première fois que la guerre civile grecque est racontée ainsi. D´autres ont déjà décrit ses horreurs, mais Mìssios est le premier ex-communiste à oser montrer le Parti tout nu : ses martyrs admirables, d´un dévouement total, mais aussi ses dirigeants, rendus souvent aveugles et sourds par l´égoïsme et la bêtise, plus dangereux pour leur cause que l´ennemi lui-même. Si les Grecs se sont rués sur ce livre, il s´est vendu à plus de cent mille exemplaires, événement rarissime là-bas -, c´est d´abord qu'il a brisé un tabou, rouvert la vieille plaie infectée.
    "Toi au moins..." date de 1985. Depuis, le communisme a pris d´autres coups, et on se dira peut-être, à quoi bon remuer encore le cadavre ? Mais ce serait prendre un tel livre pour ce qu'il n'est pas : une étude historique ou un pamphlet politique. Si les grands événements y sont évoqués, c´est de façon allusive ; malgré la foule de personnages qu'elle fait revivre, et le rôle important qu'y jouent l´amitié, la solidarité, cette histoire n´est pas essentiellement collective : c´est avant tout le récit d´une expérience intérieure. D´une descente en enfer. Cet enfer ; les matons sadiques et les petits chefs du Parti n´en sont que les deux premiers cercles, éternels comme l´oppression, terribles sans doute, mais moins que le troisième, qui passe à l´intérieur du prisonnier : c´est surtout contre lui-même qu'il se bat, contre la folie qui l´assiège, cette folie qui rôde ici partout, chez les victimes et les bourreaux, comme une obsession. On pourrait trouver ; dans d´autres temps, d´autres lieux, des enfers plus affreux encore que celui-ci ; mais ce qui fascine dans Toi au moins..., c´est justement que son héros, toujours près de sombrer ; ne sombre pas, qu'il demeure dans cette zone crépusculaire entre espoir et désespoir ; raison et démence, entre l´humain et l´inhumain ; c´est l´histoire d´un homme qui lutte pour rester un homme, à l´extrême limite de ce qu'il peut subir sans être détruit.
    Tu hésites peut-être, lecteur, à plonger dans la nuit de ces prisons, toi pour qui la Grèce est d´abord une belle image pleine de soleil. Rassure-toi. L´amertume du début du livre - et de la fin - n´est pas son dernier mot. Après la mort du rêve, l´ancien rêveur est encore là, fragile, meurtri, mais porté par cet amour forcené de la vie, cet humour chevillé au corps, qui l´ont maintenu vivant. Toi au moins... en arrive ainsi, malgré son sujet, à être souvent drôle et même réconfortant. On n´y trouve qu'une seule évasion, qui échoue de façon lamentable, et pourtant c´est avant tout l´histoire d´un homme qui se libère : de ses illusions, de sa peur, de sa haine.
    Les pages les plus émouvantes, justement, sont peut-être celles où les pantins cruels deviennent fugitivement humains ; où les humbles combattants des deux bords se découvrent un instant bien proches, pauvres jouets dans les mains indifférentes de leurs chefs ; où le héros distingue des salauds dans son camp et des braves types en face. Car ce qui le libère mieux que tout, c´est de comprendre peu à peu que le fanatisme, la haine sont sans doute la pire des prisons.
    Libre, Mìssios l´est aussi, logiquement, jusque dans l´écriture, le vocabulaire, la syntaxe, l´agencement du livre entier. Tu vas rencontrer quelques phrases tordues, des passages obscurs, des dialogues où tu ne sais pas toujours qui dit quoi... Sache que le lecteur grec n´est pas mieux loti. En traduisant, je n´ai pas voulu adoucir, affaiblir. Je voudrais que tu reçoives ce livre en pleine figure comme je l´ai reçu. Laisse-toi emporter par ce torrent d´histoires et de mots. Avant tout, écoute. Comme beaucoup d´auteurs grecs, Mìssios est un superbe conteur. Comme Taktsis, Kavvadìas, Hadzis ou Cheimonas (tous traduits chez nous désormais), il a su rester proche des racines populaires de la langue, et faire passer dans l´écriture toute la force de la parole.
    La prose grecque moderne est née avec les Mémoires de Makriyànnis, ce général de la guerre d´indépendance qui à trente ans ne savait pas écrire. Un siècle et demi plus tard, avec Mìssios, qui apprit à lire en prison à seize ans, c´est un peu la même voix qui retentit, venue des profondeurs du peuple, clamant ce que les puissants, les doctes et les malins ne veulent ou ne peuvent pas dire. C´est la même sainte fureur, la même passion, qui éclaire ces pages où tu t´apprêtes à entrer - lueur ténue, mais tenace, à l´image de ce pays toujours blessé, qui jamais ne meurt.

    MV

  • ... Ce sont deux personnes qui courent dans deux directions opposées, l´une très vite, l´autre très lentement : finissent-elles par se retrouver ?
    ... Vu de loin, la première personne donne l´impression de poursuivre la deuxième : on dirait que la deuxième essaie de ne pas faire remarquer à la première qu'elle a vu qu'elle le poursuivait.
    ... Vu de loin, on dirait qu'ils font tous les deux de grands gestes. (En fait, ce ne sont pas eux ?) ... Vu de loin, on ne voit pas leur visage : l´un pourrait être l´autre. - Arrivera bien ce moment d´ailleurs, où les rôles s´inverseront, où ce ne sera plus le même qui aura le soleil dans le dos et qui demandera quelle histoire l´autre se racontait.
    ... Vu de loin, on dirait presque qu'ils se touchent mais aucun des deux ne s´en rend compte. (Ou bien ce ne sont pas eux ?) ... Vu de loin, on a l´impression qu'ils apparaissent, qu'ils disparaissent, qu'ils réapparaissent.
    ... Vu de loin, on dirait qu'ils cherchent un avion perdu, ils regardent sous les pierres.
    ... Vu de loin, on dirait qu'ils s´écrivent, en fait, ils crient : SURTOUT, NE DÉCRIS PAS LA MER, CE N´EST PAS LA PEINE, JE VAIS PASSER DEVANT, MOI AUSSI. J´AI PLUS ENVIE DE RACONTER UNE HISTOIRE D´AMOUR, MAIS JE N´EN AI PAS LA MOINDRE IDÉE. LE PREMIER ARRIVÉ VA AU-DEVANT DE L´AUTRE OU BIEN RETOURNE SUR SES PAS OU BIEN REPENSE AU CHEMIN PARCOURU. SI J´ARRIVE LE PREMIER, TU M´ATTENDS ? ON POURRA REMETTRE LA MUSIQUE AUTANT DE FOIS QU'IL NOUS PLAIRA. LE PREMIER TROUVÉ OUVRE LES YEUX. QU'EST-CE QUE TU FERAIS SI TU AVAIS QUINZE SECONDES ? TRENTE ? CINQUANTE-TROIS MINUTES ? (SACHANT QU'UN BATEAU MET PRESQUE UNE SEMAINE POUR TRAVERSER L´OCÉAN).
    ... Vu de loin, on dirait qu'ils veulent dire par où ils sont passés.
    ... Vu de loin, on a l´impression qu'ils ouvrent les yeux dans l´eau. CE SONT DEUX PERSONNES QUI COURENT DANS DEUX DIRECTIONS OPPOSÉES, L´UNE TRES VITE, L´AUTRE TRES LENTEMENT, JUSQU´À L´OCÉAN.

    Pascale Petit

  • Qu'est-ce qui fait que la littérature déborde ses mots et ses histoires, et devient expérience humaine ? C'est peut-être l'idée la plus centrale que met ici en travail Olivier Rolin, repassant par Barthes (La préparation du roman et Le plaisir du texte), mais allant sur les pistes sombres de Lowry, Dostoïvski ou Vassili Grossmann.

    C'est dans le travail du style - étymologie bien plus ancienne que le "style" à inciser des romains. Et Olivier Rolin quatre fois entrecroise ses traces dans la même énigme, dont une étude qui renouvelle notre compréhension de Marcel Proust.
    On croisera Chateaubriand, Tolstoï, Miller, Ponge mais aussi Pessoa, Faulkner ou Claude Simon. Surtout, on tient un fil : l´imaginaire du roman, la difficulté du travail de fiction, et que cela passe par l´anatomie du style, la forge des étymologies. La littérature ne participe pas d´une génération spontanée : dans ces quatre essais, revenant à quelques notions centrales, c´est l´art de lire d´Olivier Rolin, la façon dont on grimpe sur l´épaule des géants, qui devient véritable école.
    Vraiment très fier d´avoir à mettre à la disposition de qui veut un matériau aussi libre, mais qui nous approche de façon aussi radicale de ce point de fusion où écrire et lire participent du même geste, du même inconnu.

    FB

  • Nous avons sollicité Lucien Suel dès le lancement de l´expérience publie.net, pour son positionnement d´auteur : sa présence de terrain, dans son territoire du Nord, ses performances de poète, le risque pris avec des musiciens.
    Mais aussi parce que ça l´a mené à une posture inédite pour l´oeuvre : une suite de textes brefs chacun provoquant une réalisation artisanale, parfois manuscrite, diffusée directement par l´auteur via sa Station Underground d´Émerveillement littéraire.
    Il était bien sûr logique que Lucien Suel ait été un des premiers à investir l´espace blog en tant que création littéraire, risquée, démultipliée, voir Silo, ou exemple dans tiers livre invite.
    Il existe un autre Lucien Suel : l´espace Internet A noir E blanc n´est pas d´abord le sien, mais celui d´une photographe, Josiane Suel. Une recherche texte et image ancrée dans le territoire rural de l´Artois, les objets quotidiens, le travail de mémoire, dans la permanente friction du monde contemporain. Et c´est bien le texte qui, en venant s´assembler près de la photographie, quitte du même coup l´instance de représentation pour devenir fiction, parfois fantastique vaguement menaçant, ou rêveur, ou politique.
    C´est eux-mêmes, Lucien et Josiane, qui ont défini la première limite de cet ensemble. Ensemble circulaire : le dernier mot de chaque poème donne son titre et son premier mot au suivant.
    Ainsi, le développement des textes trouve sa propre logique en dehors du mouvement narratif des images.
    Ils ont continué depuis lors, et nous sommes nombreux (moi c´est le dimanche matin), à venir rêver devant ce compagnonnage en libre dérive,mais où toujours c´est une sorte d´épiphanie qui commande - ce qu´on rencontre, c´est bien notre propre monde.
    Côté publie.net, en quelques mois nous avons beaucoup appris. Il était temps de reprendre cet ensemble, et lui donner une mise en page qui permette vraiment de lui faire honneur.
    Et puis Lucien Suel vient de publier une fiction, Mort d´un jardinier, texte qui participe de ce que Barthes nommait On écrit toujours avec de soi, puisque, sans être nullement autobiographique, les vecteurs d´intensité qu´on trouve dans Poussière, et notamment le rapport au territoire, à la terre en travail, aux éléments naturels et leur croisement avec nos destins minuscules, acception Michon du mot, s´y retrouvent...

    FB

  • Dans le milieu du XIXe siècle, un peintre, désigné ici par son initiale, part sur les champs de bataille de Crimée, et dessine directement ce qu'il voit. Les progrès techniques font qu'en quelques jours ses dessins parviennent à Londres et sont reproduits par la presse. C´est une révolution : des événements qui se produisent à distance, donc invisibles, sont représentés presque en temps réel (pour ceux de l´époque, presque de façon simultanée), et nous parviennent sous forme d´image, sans récit associé. Notre compréhension du monde bascule.
    Baudelaire, qui n´a pas eu l´intuition de la photographie et loupe son texte sur ce qu'elle bouleverse, se révèle ici un précurseur d´un point essentiel de notre modernité, et c´est stupéfiant.
    Mais Constantin Guy, c´est aussi la représentation de la ville, de la foule, du mouvement. La ville est perçue dans son anonymat, ses cinétiques. Ce qui se joue dans le texte de Baudelaire, c´est l´émergence d´un vocabulaire et d´un mode de pensée qui n´ont pas de précédent, et où lui-même saura bien reconnaître sa dette à Balzac...
    La foule, la ville, la vitesse, l´anonymat, l´accident, l´art et la pensée, la simultanéité, le réalisme, Le peintre de la vie moderne est un texte visionnaire de Baudelaire. Quel plaisir quand une université ou une école d´art nous fait confiance pour une conférence : on remonte toutes les catégories qu'a, avant nous, exploré Walter Benjamin...

    FB

  • [TEXTE COURT] Une femme part en moyenne dix fois avant de partir...

    La violence ordinaire et dissimulée, et comment on y répond, et de la violence particulière des hommes sur les femmes.
    Le bruit en arrière-plan de la ville contemporaine, consommation, images, Internet et même la chirurgie esthétique. Trajets de nuit, de Saint-Lazare à Pigalle, variations sur la neurobiologie, et des lettres, A, B, D pour sculpter les personnages sans nom que nous sommes.
    Plus ombre et croisement de Sarajevo, fond de guerre et exil, et ce qu´il en est de l´immigration dans nos grandes villes.
    Comment tenir récit de ce qui nous concerne, un doigt qu´on passe sur la fêlure d´une vitre ? Comment permettre au récit qui heurte à l´ensemble de réinventer sa continuité depuis cet éclatement ? La notion d´expérimentation prend son plein sens...

    FB

  • Trame

    Benoît Vincent

    Daté « centre hospitalier de Montélimar, 8 et 9 décembre 2007 », Trame, une nuit dans la mort est écrit dans les heures de veille d´un proche. Il n´est pas question, après, de reprendre ni de bouger les lignes : ce qui s´est écrit l´a fait de façon sismique, s´est inscrit dans une disposition précise de pages, de graphies. Et c´est ainsi que l´expérience singulière rejoint l´expérience commune.
    Publie.net présente aussi, de Benoît Vincent, un essai en 3 volets, La littérature inquiète, dont le 1er, L´anonyme, sur Maurice Blanchot, est déjà en ligne.
    Visiter le site de Benoît Vincent : ambo(i)lati

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