République des Lettres

  • Germinal

    Emile Zola

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Émile Zola. Publié en 1885, "Germinal", treizième volume du cycle des "Rougon-Macquart", est le roman le plus célèbre de Zola. C'est l'histoire d'une grève dure, "la lutte du capital et du travail, le coup d'épaule donné à la société qui craque un instant", selon l'auteur. L'action se déroule dans le bassin houiller du nord de la France. Emile Lantier vient d'être renvoyé d'un atelier des Chemins de fer pour avoir giflé son chef. Chômeur, il se fait engager à la mine de Montsou où il est affecté dans l'équipe de Maheu. Il partage l'enfer du travail au fond des puits et la vie extrêmement difficile des familles de mineurs résignés à leur quasi esclavage depuis des générations. Mais Etienne rencontre un militant et commence à lire des brochures prônant la lutte sociale. Après une baisse de salaire des mineurs, il décide d'organiser une grève contre la Compagnie des mines et crée une caisse de secours. Pendant deux mois et demi de luttes et de souffrances, les mineurs tiennent bon face aux riches propriétaires qui refusent toute négociation et finissent par faire tirer la troupe contre la foule des manifestants. Les grévistes comptent leurs morts et doivent finalement reprendre le travail. Un anarchiste nihiliste, Souvarine, sabote alors la mine, faisant de nouveaux morts dans l'effondrement des galeries. Malgré la catastrophe, les ouvriers ont compris que la lutte pour améliorer leur condition est désormais possible grâce à l'organisation syndicale et politique unitaire. "Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait bientôt faire éclater la terre."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Mikhaïl Boulgakov. Pratiquement exclu de la vie littéraire de son temps, Mikhaïl Boulgakov est l'un des plus grands écrivains russes du XXe siècle. Dans "Le Maître et Marguerite", sa grande oeuvre à laquelle il travailla jusqu'à ses tous derniers jours, il donne sa pleine mesure, alliant satire et poésie à une grande méditation sur le bien et le mal saisis à travers la problématique de l'écrivain face au pouvoir totalitaire. Satiriste incisif, styliste nerveux et brillant dont la prose tout entière est marquée par sa passion du théâtre, il s'inscrit avec ce roman magistral dans la lignée des grands auteurs russes classiques qu'il prolonge avec une vigoureuse originalité.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Diderot. Roman et dialogue philosophique, "Jacques le Fataliste" est un longue conversation entre un brave valet, Jacques, et son maître, tous les deux personnages errants toujours prêts à philosopher à bâtons rompus sur la vie humaine. Ils nous sont bien présentés au début de leur voyage, mais nous ne savons finalement pas grand chose d'eux. Ils ne semblent en tout cas pas pressés, s'arrêtant volontiers au bord du chemin, revenant sur leurs pas, et tentant toutes les aventures qui se présentent à eux. Tout en cheminant, Jacques raconte sa vie et ses amours à son maître. Il a son franc-parler et des opinions tranchées. Il proclame en particulier que tout ce qui arrive est déjà écrit dans le grand registre du destin et que la vie est un enchaînement de forces que l'homme n'a que l'illusion de commander. Il n'hésite pas à reprendre et à sermonner son maître qui lui oppose sans cesse ses propres réflexions et raisonnements contraires en toutes choses. Plusieurs récits divers et variés relatant les aventures de Jacques se détachent du dialogue: l'histoire des amours de Mme de La Pommeraye et du marquis des Arcis (adapté récemment au cinéma par Emmanuel Mouret sous le titre de "Mademoiselle de Joncquières"), la romanesque histoire d'un moine défroqué (prétexte, après "La Religieuse", à une nouvelle diatribe anticléricale de Diderot), ou encore la vie et les aventure d'un certain M. Desglands. Le dialogue entre les deux hommes se poursuit, interrompu par des incidents, des rencontres, des sautes d'humeur, et même parfois par les interventions directes de l'auteur qui réfléchit tout haut sur la conduite de ses personnages jusqu'à ce qu'il décide d'y mettre arbitrairement un terme. "Jacques le Fataliste", avec son mélange des genres, la truculence de ses scènes, le comique des situations et la vivacité de la narration, n'est pas sans rappeler les chefs-d'oeuvre de Sterne, Voltaire, Cervantes et Rabelais.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue et d'un article de Joseph Kessel. Noctambule invétéré et marcheur infatigable, Léon-Paul Fargue, sans doute le plus célèbre des "Piéton de Paris", ne cesse d'arpenter Paris au gré des amitiés et des cafés, flânant dans son arrondissement préféré, le Xe, entre la gare du Nord et le boulevard de la Chapelle, allant de la rive gauche à Montmartre et de Clichy à Vincennes, faisant l'aller-retour entre la librairie d'Adrienne Monnier, rue de l'Odéon, et la brasserie Lipp, boulevard Saint-Germain, dont les carreaux de céramique proviennent de la fabrique paternelle dont il est le patron. Compagnon d'écrivains et d'artistes comme, entre autres, Pierre Bonnard, Pablo Picasso, Claude Debussy, Erik Satie, Igor Stravinski, Diaghilev, Paul Claudel, Paul Valéry, André Gide, Valéry Larbaud, André Breton ou encore Louis Aragon, il occupe dans la société littéraire de la première moitié du XXe siècle une position exceptionnelle, et son oeuvre est une véritable mémoire de la littérature française. Mais son importance ne se limite pas aux seules qualités documentaires de ses amitiés et de ses déambulations parisiennes. Son admirable "Piéton de Paris" est avant tout l'occasion de découvrir un grand écrivain et un poète riche d'humanité, de profondeur et de résonances.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de François-René de Chateaubriand. Chef-d'oeuvre écrit durant plus de trente années, de 1809 à 1841, les "Mémoires d'outre-tombe" sont divisés en cinquante "livres" et quatre "parties". La première partie, la Jeunesse, va de 1768 à 1800. Chateaubriand y trace, en tableaux inoubliables, les étapes de sa jeunesse: la naissance, les soirées de Combourg, son isolement, ses promenades mélancoliques, son affection pour sa soeur Lucile, sa vie de lieutenant à Paris, sa découverte de la Cour, ses premières idylles et ses premiers écrits, les débuts de la Révolution, son départ pour l'Amérique puis son séjour à Londres et la misère. La seconde partie est consacrée à sa Carrière littéraire (1800-1814): portraits de ses amis, Pauline de Beaumont, l'entrevue et la rupture avec Bonaparte, les années d'écriture à la Vallée-aux-Loups, les voyages, la gloire enfin. Avec la troisième partie, on assiste à sa Carrière politique (1814-1830): Chateaubriand se lance dans l'arène, publie des pamphlets, passe dans l'opposition, devient ambassadeur à Berlin et à Londres puis ministre des Affaires étrangères. La Révolution de 1830 met un terme à son engagement. Il voyage encore en Suisse et en Italie mais se consacre désormais entièrement à l'achèvement de ses "Mémoires", qu'il vend à une société d'actionnaires en stipulant que son oeuvre ne doit paraître qu'à titre posthume (d'où son titre "d'outre-tombe"). Le récit autobiographique de plus de 2500 pages s'achève par une récapitulation où l'auteur se plaît à souligner les contrastes de sa vie: "Je me suis rencontré entre deux siècles comme au confluent de deux fleuves." Les "Mémoires d'outre-tombe" forment un livre unique en son genre par son mélange de réel et d'imaginaire, son investigation psychologique continue et profonde, sa langue et son style d'une extraordinaire variété, ses admirables portraits et descriptions enfin qui sont parmi les plus belles de la littérature française.

  • Le colonel Chabert ; el verdugo ; adieu ; le réquisitionnaire Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Honoré de Balzac. Après plusieurs remaniements entre 1832 et 1844, "Le Colonel Chabert" a été inclus dans les "Scènes de la vie privée" des "Études de moeurs" de "La Comédie humaine". Peu avant la chute de l'Empire, un avoué reçoit la visite d'un vieil homme miséreux qui assure être le colonel Chabert, considéré comme tué à la bataille d'Eylau dix ans auparant. Celui-ci raconte comment, gravement blessé à la tête, il s'est réveillé enseveli vivant sous les cadavres d'une fosse commune. Recueilli par des paysans, il a réussi à guérir et à rentrer en France. Mais, passant pour un fou ou un imposteur, personne n'a voulu le reconnaître. Sa femme, se croyant veuve et héritière de sa fortune, a épousé un comte de la Restauration qui vise la pairie de France. Le jeune avoué, aussi brillant que lucide, croit Chabert. Il décide de le soutenir et de plaider sa cause. Il négocie une transaction avec l'ex-épouse qui craint le scandale si Chabert fait annuler son acte de décès et donc son second mariage. Mais le montant de la transaction proposée ne lui convient pas. Elle mise sur l'amour que Chabert éprouve toujours pour elle afin de le persuader de continuer à faire le mort sans contrepartie. Celui-ci réalise alors que sa femme le hait. Heurté et écoeuré par ce monstrueux égoïsme, le vieux colonel renonce volontairement à tous ses droits et retourne à sa vie miséreuse. Douze ans plus tard, l'avoué le retrouve sous l'aspect d'un vieil idiot finissant ses jours dans un hospice. Avec ses personnages passionnés et ses profondes analyses de la société et du coeur humain, "Le Colonel Chabert" est l'un des sommets de "La Comédie humaine".

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue. "Haute solitude" est l'oeuvre la plus accomplie et la plus déchirante de Fargue. Reprenant les chemins de rêves et de cauchemars déjà parcourus dans "Vulturne", l'auteur poursuit cette fois son investigation jusqu'au point critique où le poète, se séparant de lui-même, s'installe dans la "Haute solitude", lieu étrange dont il nous dit les peurs et les prestiges. Par elle, il atteint la nuit des temps préhistoriques comme celle de la fin du monde dont il nous dit être l'un des six témoins. C'est entre ces deux nuits de la terre et du ciel, de la naissance et de la mort, que s'inscrit ce recueil de proses. Visionnaire stupéfait "d'avoir vu d'un coup Dieu dans le monde, comme on s'aperçoit dans une glace à l'autre bout de la chambre", Fargue possède cette puissance verbale propre à entraîner le lecteur dans la randonnée préhistorique qui ouvre le livre. Nous y assistons à la formation des mondes, à la succession des époques, à l'apparition d'un "monstre bizarre", l'Homme. Puis, délaissant ces mondes chaotiques, un autre univers non moins fantastique est exploré: ce Paris tant aimé, parcouru et arpenté par l'auteur du "Piéton de Paris". Le voici déambulant à travers les rues, accompagné par les fantômes et les visages de ceux qu'il a aimé. Il dit les gares, les banlieues, les cafés, les nuits blanches, les rumeurs de la ville et la vie dans son désordre cosmique. Mais aucune rue qui ne conduise inexorablement vers ce haut lieu où souffle l'esprit: la solitude. "Je travaille à ma solitude, cherchant à la diriger dans la mer d'insomnie où nous a jetés la longue file des morts..."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Paul Nizan. "Antoine Bloyé", roman biographique de facture classique, s'ouvre sur l'évocation de l'enterrement du père et retrace l'ascension sociale d'un fils de simple cheminot. Empruntant beaucoup à la vie réelle du père de l'auteur, qui poursuit ici sa dénonciation de la bourgeoisie, le livre dresse une généalogie sociale des prises de position politiques et éthiques de Paul Nizan et condense les grands thèmes de son oeuvre. La trahison y occupe une position centrale: changer de classe, c'est non seulement rompre avec un lieu - avec la terre - et avec une culture, mais aussi trahir les siens et se trahir, en franchissant la ligne qui sépare les oppresseurs des opprimés. Roman du père, "Antoine Bloyé" est aussi celui de la vengance du fils, qui dénonce l'existence de ces fonctionnaires placés sur les rails d'une carrière qui ne laisse aucun temps à la méditation, au retour sur soi, et moins encore à l'ouverture aux autres. Les désirs de voyages étouffés, les nuits agitées de fantasmes avortés témoignent de l'aliénation d'Antoine Bloyé. L'importance des thèmes de l'héritage et de la lignée apparaît pleinement dans la pause que constitue la naissance de son fils Pierre, laps de temps pendant lequel la mécanique de la répétition, des gestes, des actions et des préoccupations est interrompue. Il délaisse l'usine et le travail pour envisager sa propre mort et considérer son passé: "Antoine pense souvent à sa propre mort, qui viendra, et il contemple ce fils qui n'est rien encore, qui le trahira, qui le détestera peut-être, ou qui mourra - comme la très grande puissance qui le délivrera lui-même, qui le sauvera de la mort." Le monde du travail dessine l'armature sociale d'Antoine Bloyé, qui s'élève dans la hiérarchie de la compagnie, au fil des mutations et des déménagements, habite des demeures plus cossues et entre dans une bourgeoisie qu'il adopte, comme on ferait d'un vêtement emprunté.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Emmanuel Bove. En 1928, Emmanuel Bove est au faîte de sa gloire. "Mes amis", publié dans une collection dirigée par Colette, est vivement salué par la critique et couronné par le très recherché prix Figuière. C'est le début d'une période féconde où il rencontre entre autres Rainer Maria Rilke, Philippe Soupault, Max Jacob, Pierre Bost, Max-Pol Fouchet et publie pas moins de six romans et recueils de nouvelles en une année. Parmi eux, "L'Amour de Pierre Neuhart", qui synthétise selon lui tous les éléments contenus dans son oeuvre et où son style, par une absolue neutralité qui souligne d'autant l'opacité des mobiles et des situations, atteint sa forme la plus dépouillée. Se prévalant de l'exemple de Proust ou de Balzac qui ont bâti leur oeuvre autour des mêmes figures, Bove estime en effet qu'un "roman ne doit pas être une chose achevée, une chose réussie en soi: on ne devrait pas pouvoir isoler un roman de l'oeuvre de son auteur, pas plus qu'on ne peut détacher un beau vers d'un poème".

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Matthew Gregory Lewis. Traduit de l'anglais par Gabriel Louis Terrasson de Sénevas. Avec Ann Radcliffe, Charles Robert Maturin et Horace Walpole, M. G. Lewis est aujourd'hui considéré comme l'un des principaux maîtres précurseurs du roman gothique anglais. Auteur d'un célèbre classique du genre, "Le Moine", il a aussi écrit dans les années 1800 plusieurs courts romans d'épouvante tout aussi horrifiques et susceptibles de procurer des sensations oppressantes aux lecteurs de l'époque. Le récit débute en bonne compagnie, dans un de ces salons bourgeois anglais de la fin du 18e siècle où la principale activité est la médisance, avant de basculer très vite dans la jungle sauvage de l'île de Ceylan. Dans ce décor exotique d'aventure coloniale, un jeune propriétaire anglais, Seafield, est traqué par l'un de ces redoutables serpents géants nommés "Anaconda", ou "Boa Devin". Ces monstrueux reptiles sont capables d'attaquer, d'étouffer puis d'avaler en une seule fois et en entier les hommes comme les buffles ou les tigres. L'homme est parvenu à se cacher dans un abri mais le monstrueux reptile reste aux aguets. Luttant contre leur peur, la fiancée, les amis et les serviteurs de Seafield s'organisent. Ils s'engagent dans une lutte à mort contre cet Anaconda aussi fascinant qu'invincible.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Odilon Redon. Sous-titré "Journal 1867-1915, Notes sur la Vie, L'Art et les Artistes", ce recueil d'Odilon Redon se partage en éléments de journal intime, confidences d'artiste, extraits de correspondance et portraits de contemporains: peintres (Fantin-Latour, Millet, Ingres, Courbet, Delacroix, sans oublier le maître graveur Bresdin, mais aussi les impressionnistes) ou musiciens (Schumann et Berlioz). On y lit une lettre de l'auteur en forme d'autobiographie spirituelle et plastique, des souvenirs d'enfance et des évocations des grands maîtres qui l'ont influencé (Rembrandt, Dürer, Delacroix). S'y ajoutent des notes sur les aspects techniques de son oeuvre, en particulier la lithographie. Puis il retrace comment il en est venu à abandonner la sculpture et l'architecture pour la gravure. Il décrit aussi comment le faux succès qui annexe certains artistes sait exclure les autres: de Ingres, présenté comme un dessinateur académique à l'esprit stérile, il affirme ainsi qu'il n'est pas de son temps. De même dans son texte sur la "coterie" des impressionnistes, il parle de Berthe Morisot comme d'une "fleur qui a donné son parfum et qui se fane hélas". Quant à Degas, "le plus grand artiste de ce groupe", il est un "Daumier tenant sa palette". Corot, Millet, mais aussi Léonard de Vinci lui inspirent les plus grands éloges, en particulier pour avoir reconnu la part de l'ombre. Au fil des entrées du journal, des méditations sur l'âme ou sur la vérité en peinture, on devine un certain goût pour l'occultisme et le thème obsédant du Messie féminin. - "Les écrits de Redon sont indispensables pour la compréhension du peintre d'abord, mais aussi de cette grande époque de la peinture qui va du Salon des refusés de 1863 au triomphe de Cézanne." (J.-F. C., Le Monde).

  • Texte intégral révisé, novellisation basée sur le film de Bernardo Bertolucci, "Le dernier tango à Paris". "Le dernier tango à Paris" a été un événement mondial. Des dizaines de millions de spectateurs ont voulu le voir et le revoir.

  • Influent théoricien du néo-conservatisme américain, fondateur de la revue Modern Age, ami entre autres de Flannery O'Connor, T.S. Eliot, Ronald Reagan et Ray Bradbury, Russell Kirk (1918-1994) est aussi un écrivain à succès auteur de plusieurs livres relevant du genre Fantastique. Dans son introduction à The Surly Sullen Bell, un recueil d'histoires de fantômes dont est tirée cette nouvelle, il écrit ceci: "Voici des contes de nuit noire plutôt que de crépuscule, des contes ouvertement gothiques. Le lecteur y trouvera des réminiscences de Montague R. James, de Henry James et même de Jesse James. Je n'ai pas de théories pour expliquer les fantômes et autres espèces de spectres: je crois simplement à l'existence de tels phénomènes, comme d'ailleurs maints tenants de la psychologie. Une grande partie de ma vie s'est écoulée dans des lieux hantés: à St. Andrews, la plus macabre des villes; dans l'île d'Eigg, ou dans les ruelles de Vérone et de Rome; dans les étranges châteaux et demeures campagnardes de Fife; et plus spécialement dans ma vieille maison de Mecosta, dans le Michigan, où veille l'esprit swedenborgien de mes ancêtres."

  • "L'homme n'appartient ni à sa langue, ni à sa race : il n'appartient qu'à lui-même, car c'est un être libre, c'est un être moral (...). La vérité est qu'il n'y a pas de race pure, et que faire reposer la politique sur l'analyse ethnographique est une chimère. Les plus nobles pays, l'Angleterre, la France, l'Italie, sont ceux où le sang est le plus mêlé!" Souvent cité mais quasiment jamais lu, ce texte publié initialement en 1869, véritable profession de foi d'Ernest Renan, reste d'une étonnante actualité.

  • Baltasar Gracian (1601-1658) est l'un des plus grands essayistes espagnols du Siècle d'or, que l'on peut comparer à Montaigne et à La Rochefoucauld.
    Dans L'Homme de cour, dont le texte original date de 1647, qui réunit trois cents maximes ou réflexions, il propose un art de vivre à la cour comme à la ville, en sauvant son honneur et son monde intérieur. La traduction de 1684 est l'un de ces monuments du style littéraire à la française, dont la clé semble oubliée.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Thomas de Quincey. Est-ce le "puissant, juste, et subtil opium" qui tira souvent Thomas De Quincey vers le plus acre des plaisirs -- la dépréciation de l'idéal ? Est-ce la ténébreuse tentacule de vanité qui nous sert à aspirer avidement en nos héros toutes les bassesses de leur humanité ? Qui sait ? Les oeuvres de Thomas De Quincey sont toutes pénétrées de cette passion. Il n'aima personne autant que Coleridge, mais révéla les manies de son poète préféré avec volupté. Il adora Wordsworth; et en trois pages d'extase il montre le grand homme coupant un beau livre -- qui ne lui appartient pas -- avec un couteau souillé de beurre. Mais parmi les héros de Thomas De Quincey, sans contredit le premier fut Kant. Voici donc quel est le sens du récit qui suit. De Quincey considère que jamais l'intelligence humaine ne s'éleva au point qu'elle atteignit en Emmanuel Kant. Et pourtant l'intelligence humaine, même à ce point, n'est pas divine. Non seulement elle est mortelle mais, chose affreuse, elle peut décroître, vieillir, se décrépir. Et peut-être De Quincey éprouve-t-il encore plus d'affection pour cette suprême lueur, au moment où elle vacille. Il suit ses palpitations. Il note l'heure où Kant cessa de pouvoir créer des idées générales et ordonna faussement les faits de la nature. Il marque la minute où sa mémoire défaillit. Il inscrit la seconde où sa faculté de reconnaissance s'éteignit. Et parallèlement il peint les tableaux successifs de sa déchéance physique, jusqu'à l'agonie, jusqu'aux soubresauts du râle, jusqu'à la dernière étincelle de conscience, jusqu'au hoquet final. Ce journal des derniers moments de Kant est composé au moyen des détails que De Quincey tira des mémoires de Wasianski, de Borowski, et de Jachmann, publiés à Koenigsberg en 1804, année où Kant mourut; mais il employa aussi d'autres sources. Tout cela est fictivement groupé dans un seul récit, attribué à Wasianski. En réalité l'oeuvre est uniquement, ligne à ligne, l'oeuvre de De Quincey: par un artifice admirable, et consacré par DeFoë dans son immortel Journal de la Peste de Londres, De Quincey s'est révélé, lui aussi, "faussaire de la nature", et a scellé son invention du sceau contrefait de la réalité.

  • Un voyage dans le style de Laurence Sterne, prétexte à évocations artistiques et littéraires qui annoncent déjà le romantisme et qui parodie la mode des récits de voyage du XVIIIe siècle. Ce voyage est celui qu'il effectue alors qu'il se trouve aux arrêts pour une quarantaine de jours.

  • L´anarchisme, une chimère ? En 1894, Paris vient de connaître une vague d´attentats, la répression est forte. Élisée Reclus est invité à faire une conférence devant une loge maçonnique de Bruxelles. Le géographe épris de paysages et de liberté, le communard qui fut banni dix années, calme les esprits échauffés en inscrivant l´anarchisme dans une tradition de contestation aussi longue que l´histoire des pouvoirs. Les temps changent : « si Dieu s´évanouit », les hiérarchies tombent, et la liberté de penser fait de tous les hommes « des anarchistes sans le savoir ».

  • La figure de Gilles de Rais n'a cessé de hanter Joris-Karl Huysmans (1848-1907). Le Moyen Âge est une époque qui le fascine par sa foi profonde et ses excès.En 1897, dans une plaquette confidentielle, tirée à cent exemplaires et jamais diffusée, il présente sa vision de celui que la légende populaire a surnommé Barbe-Bleue. Retraçant un destin exceptionnel, il suit le monstre jusqu'à son procès : enfant abandonné, compagnon de guerre de Jeanne d'Arc, Maréchal de France à vingt-cinq ans, ce seigneur mystique devenu ogre et tueur d'enfants finit pendu et brûlé, en confessant ses crimes.

  • Dénonçant un illusoire droit au travail qui n'est pour lui que droit à la misère, Lafargue soutient qu'une activité proprement humaine ne peut avoir lieu que dans l'oisiveté, hors du circuit infernal de la production et de la consommation, réalisant ainsi le projet de l'homme intégral de Marx.
    Un classique toujours autant lu, plus que jamais d'actualité.

  • L'oeuvre de Nelson Algren (1909-1981) - Le Désert de néon, L'Homme au bras d'or, Chicago: City On The Make, A Walk on the Wild Side - se situe dans la tradition américaine du réalisme et du déterminisme social. La vie des marginaux et du sous-prolétariat urbain en est son thème principal. Écrivain engagé, il dénonce en tableaux saisissants et vigoureux la misère, la violence, la corruption, l'indifférence qui conditionnent dès l'enfance l'existence des rejetés. Hauts en couleur ou pitoyables, ses personnages se détachent tragiquement sur un fond d'humour grinçant destiné à provoquer la réflexion sociale et politique. Avant de rencontrer Simone de Beauvoir, avec qui il vivra pendant une quinzaine d'années une relation amoureuse passionnée, il écrit plusieurs nouvelles noires semi-autobiographiques. L'une d'elles, He swung and he missed (Du miel pour Rocco), est un récit réaliste et brutal sur le milieu de la boxe. Elle raconte l'histoire de Rocco, boxeur raté mais honnête et orgueilleux. Sur le déclin, au seuil du dernier combat de sa carrière, on le paye pour qu'il se couche devant son adversaire. Pour la seule fois de sa vie, il accepte, car il est éperdument amoureux de sa femme à qui il veut enfin offrir une vie confortable. Il perd le combat, puis apprend que sa femme a misé innocemment tout l'argent sur sa victoire. Cette nouvelle inspirera en partie le célèbre film de Robert Wise, Nous avons gagné ce soir.

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